En parallèle avec la création du No Man's Land, je débute celle des aménagements
de la tranchée: les planches de bois en particulier, tout ce qui va servir aux poilus pour étayer, colmater, empêcher les écoulements de boue de noyer la tranchée. Par simple intérêt
cinématographique, je décide de créer une tranchée trés aménagée. Il est certain que dans la réalité, ça n'était pas toujours le cas, et que de toutes façons, il fallait constamment refaire ce
que les bombardements détruisaient.
Le bois utilisé est un fragile bois de cageot, mais c'est l'idéal: la finesse des nervures fait idéalement penser à un bois de plus noble
essence, plus solide. On ne le répètera jamais assez, la première préoccupation lors de la fabrication de la maquette, c'est la justesse des proportions: les planches doivent donc être à
l'échelle jusque dans les détails comme les échardes. Ce bois de basse qualité possède l'avantage de boire l'eau trés facilement, et son aspect n'en est que plus convaincant. Or, les prises de
vue de la maquette se feront, la plupart du temps, sous une fausse pluie.
Il est également indispensable de vieillir artificiellement ce bois, de le salir comme s'il avait déjà longuement séjourné dans la boue. Pour cela, j'utilise simplement des aquarelles sépia,
rouge et sienne, ainsi que de l'encre de chine. J'insiste sur les nervures et les noeuds naturels du bois. Ainsi j'obtiens des planchettes qui vont se marrier idéalement avec la future fausse
terre. Observez la différence entre ce triste bois pâle et ces belles planches pourries derrière lesquelles les poilus se tassent avant le coup de sifflet qui les poussera là-haut, sur le
théâtre sifflant des balles aveugles...
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