Il y a une constante que l'on retrouve chez beaucoup de bons dessinateurs: leur passion pour les femmes... C'est quelque chose, au fond, d'assez convenu: un dessinateur est un amoureux des
formes, son métier est de les faire surgir sur la platitude incarnée: une feuille. J'en veux pour preuve l'absence chronique de femmes minces dans l'univers de la bande-dessinée et de
l'illustration. Je ne fais pas exception à la règle, et je suis le premier à applaudir Frank Cho ou Tsukasa Hojo lorsqu'ils tirent à boulet rouges, mais toujours avec humour, sur les asperges et autres grandes gigues qui font la joie des
dessinateurs de mode et le désespoir des dessinateurs tout court.
Cette passion pour la lourdeur de la chair, magnifiée avec autant de force qu'elle pouvait l'être dans l'antiquité, a beaucoup renforcé le discrédit machiste jeté sur le métier. Pour n'être pas
infondé, il n'est pas totalement juste et mérite d'être rectifié. Certes, la bande dessinée reste une activité peu prisée par les femmes, tant du côté des lecteurs que des auteurs. Je ne suis pas
certain que la cause soit inscrite dans les différences que certains vieux de la vieille prétendent exister entre les deux sexes, car hormis les variantes anatomiques et physiologiques, il n'y a
selon moi que des variantes de caractères et d'invidus, qui font fi de nos sexes. Il s'agit plus évidemment d'un relent médiatique qui a si longtemps relégué cet art au rang des "illustrés
reservés aux garçons un peu attardés".
Aujourd'hui, on peut l'espérer, la BD n'a plus rien à prouver. J'ai ainsi découvert, l'an dernier seulement, la puissance de travail de Claire
Wendling. J'ai constaté qu'elle n'avait pas de retard en terme de femmes de "chair", et que dessiner, cet acte qu'elle-même a qualifié d'"impudique", était toujours une poursuite obsessionnelle de la forme comme révélateur naturel des sentiments et des pensées les plus profonds. Deux arts majeurs
doivent être collés au dessin: la sculpture et la danse. Le dessin serait une tentative de concilier les deux, de modeler des volumes sans plâtre ni résine, de capturer l'énergie du mouvement
sans chaussons de ballet ni tutu.
Wendling n'est qu'un exemple parmi d'autres (au japon, plus de femmes semblent s'être fait une place dans l'univers des mangaka), mais il me plaît de la
citer parce que c'est une des meilleures au monde, et qu'elle habite, à ma connaissance, à Angoulême, c'est-à-dire dans mon "pays" de
naissance.
Alors, des femmes dans le petit univers des illustrateurs? Oui, sans aucun doute, et pour ceux qui croient encore à ces préjugés dont je parlais plus haut, je recommande un petit voyage au coeur
de la jungle barbare de Frank Frazetta (God bless him). Entre les hanches lourdes, la peau luisante et les seins provoquants que lui
seul arrive à rendre de cette manière, vous comprendrez que pour dessiner les femmes ainsi, il n'y a aucune place pour la bassesse: ce n'est que de l'amour.
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Il y a une constante que l'on retrouve chez beaucoup de bons dessinateurs: leur passion pour les femme ...