Hier j'ai rapidement évoqué Lino Ventura dans un article sur Jean Gabin. Je crois que Lino, s'il fut également une forte personnalité, a prouvé à plusieurs reprises qu'il pouvait avec constance se laisser immerger dans un personnage. Dans "Garde à vue" de Claude Miller par exemple, sa sensibilité n'a rien à voir avec le personnage des "Grandes gueules" de Robert Enrico. Mais, plus encore, c'est dans le rôle unique de Jean Valjean qu'il est parvenu, à mon sens, à gommer Lino Ventura le temps du film. Robert Hossein, qui réalisa cette poignante et magnifique version des "Misérables", a dit lui-même que Lino ne jouait pas, mais était Valjean.
Il me vient à l'idée qu'un secret fort et impénétrable se cache sous une telle prouesse d'acteur. Le talent de Lino est à l'oeuvre, n'en doutons pas, celui d'Hossein également, mais ce qui respire là-dessous, ce qui happe l'âme pour la chavirer en tous sens, ce qui impose à l'acteur d'être un des personnages les plus emblématiques de la littérature et de l'inconscient collectif, c'est le souffle immense et interminable de Victor Hugo.
Frédéric MATHIAS